Conclusion

Triste période qui, si elle favorisait la haine, ne contribuait guère à rehausser le prestige des Eglises confondues avec les bandes armées qui pillaient et tuaient à l’abri de leurs bannières respectives ! Tout cela ne faisait que rendre encore plus forte l’exigence d’une réforme à laquelle s’ajoutait maintenant la restauration de l’autorité. A quoi la Contre-Réforme catholique et la monarchie allaient consacrer leurs efforts durant le siècle à venir.

Par ailleurs l’affirmation de la Réforme modifie durablement les comportements des fidèles. D’abord leur rapport à l’autorité qui, au moins en principe, se fonde sur la seule Ecriture et non plus sur ceux qui la confisquent. L’accès aux textes détermine, en principe toujours, la formation des lecteurs, mais rien ne nous permet d’apprécier ici l’impact de la Réforme sur le développement de la lecture chez les huguenots du Livradois. Par contre, nous savons qu’ils accueillent assez tôt, au moins pour certains d’entre eux, les prénoms tirés de l’Ancien Testament qui au XVIle siècle encore, vont les désigner comme réformés. S’ils continuent à utiliser couramment les prénoms des temps apostoliques comme Jean, Pierre, Etienne, Mathieu ou Marie, voire Antoine ou Benoît …. qui ne les distinguent guère des  » papistes « , les huguenots sont les seuls à puiser dans le stock vétérotestamentaire Abraham, Jacob, Isaac ou encore Daniel, Judith, Suzanne ou Sarah … Ces prénoms apparaissent avec les années 1580‑1590 chez les étudiants auvergnats fréquentant l’Académie de Genève [1]  En terre catholique, ils sont autant de signes de rupture (un peu comme les prénoms révolutionnaires de 1793 – 1794) et s’ajoutent au refus de prier pour les morts dont le sort est scellé une fois pour toutes. Au chant des psaumes pendant les activités agro‑pastorales et à quelques autres singularités qui distinguent le huguenot du papiste … On a ainsi, en Livradois comme ailleurs, l’émergence d’une véritable sub‑culture minoritaire.

Contre elle, très tôt, l’Eglise romaine va développer une stratégie de reconquête dont nous savons peu de chose. Simplement on peut penser que le Pays d’Ambert accueillit peut-être les missions du Révérend Père Emond Auger qui, en 1562 – 1563, travailla à Clermont, Riom, Aigueperse, Courpière ou Issoire (où il aurait, dit-on, obtenu quinze cents adjurations en cinq semaines …). Pour découvrir à l’œuvre la Contre-Réforme, il nous faudra donc attendre le XVIle siècle.


  1. S. STELLING-MICHAUD – Le livre du recteur de l’Académie de Genève – 5 volumes, 1959‑1976 []