Expédition contre Pailhat : 1577 – 1582

Une relation des événements qui marquèrent cinq ans de la vie de Pailhat (1577 – 1582)

Extrait de HISTOIRE des GUERRES RELIGIEUSES en AUVERGNE pendant les XVI° et XVII° Siècles – André IMBERDIS – LAFFITE REPRINTS – 1983 – pages 252 à 261

L’armée royale avait envoyé d’Issoire un détachement de quatre cents hommes pour occuper Ambert et réduire le nid de Huguenots qui s’était caché à Pailhat; elle alla attendre à Brioude le résultat de cette petite entreprise. Monsieur frappa sur cette ville une contribution de trente mille livres, et y séjourna jusqu’à ce que cette somme eut été déposée à la caisse de son trésorier [1]

Dans les flancs d’un rocher escarpé, tout près du bourg de Job, se trouvait le lieu de refuge choisi par un parti poursuivi de Religionnaires. Il s’était écoulé six années depuis qu’ils avaient quitté le Forez. Ce parti s’étant affaibli peu à peu, il arriva un jour que quelques hérétiques insultèrent le prêtre qui portait le saint viatique aux malades. Une troupe d’enfants catholiques, indignés d’une impiété si scandaleuse, investirent tout à coup ces téméraires Calvinistes, et les poursuivirent à coups de pierres jusque dans leurs maisons. Le succès de cette première attaque enhardit les nouveaux défenseurs de la foi. Les jours suivants ils commencèrent à reprocher en face aux Huguenots leur attentat sacrilège.

Des reproches, ils en vinrent aux menaces, et les effets suivirent de près, car une grêle de cailloux fondit de toute part sur-la tète de ces novateurs timides. Un jour que les Hérétiques étaient assemblés dans le prêche, les enfants catholiques de cette ville [2]  s’étant distribués de façon que les plus forts les attendoient à la porte avec des pierres à la main, et les autres sur les couverts attendoient aussi leur sortie, pour les aveugler avec de la cendre noire, et à coups de pierres et de tuiles, il les assommèrent, et ayant été surpris et poursuivis avec tant d’ordre et de vivacité, et voyant tous les jours la persécution devenir plus sérieuse, enfin lassés , ils aimèrent mieux abandonner la ville que d’y demeurer au péril de leur vie [3]  . Ces fugitifs s’arrêtèrent à Ambert et demandèrent d’être incorpores comme citoyens. Mais des indications peu favorables arrivèrent aux consuls presque en même temps qu’eux, et comme la ville alors n’avait dans son sein aucun réformé avoué, il fut résolu à la maison commune qu’on ne recevrait pas les Stéphanois. Néanmoins, on les laissa libres de s’établir ainsi qu’ils l’entendraient dans le bourg ou le village qui consentirait à les admettre. Ils vinrent à Pailhat. Le site sauvage l’abord à peu près impraticable, l’isolement de ce point désert dominé par des forêts chenues et ployées sous les frimas neuf mois de l’année, paraissaient présenter toutes les garanties de sûreté au prêche obscur de ces nouveaux cénobites. Sur leur tête c’était un ciel nébuleux et glacial ; à leurs côtés, des rochers aux contours aigus et tranchants, qui avaient résisté à l’action de l’atmosphère, écartaient tout travail humain, à part quelques talus maigres et infertiles. A leurs pieds, s’étageaient des pics nains et nus, des carrés de terres semées de cailloux, de ronces et de bruyères. Partout c’était une nature désolée, c’était la misère ou la solitude, et le versant entier où ils adossèrent quelques chaumes, attestait quel besoin de repos, quelle lassitude de persécution avaient pu retenir une troupe d’hommes éclairés sur cette crête inhospitalière.

Les proscrits ne trouvèrent d’abord que des cabanes disséminées çà et là, rares, misérables ; de rudes montagnards aux vêtements grossiers, au langage inintelligible, aux mœurs à peine civilisées, furent les hôtes méfiants et ombrageux qui, sur cette lande, vivaient de pain noir et de lait. La proximité d’Ambert assurant aux Religionnaires les choses indispensables aux premiers besoins, ils se prirent avec une ardeur exaltée à remuer cette terre ingrate dont ils se faisaient les enfants. Heureux d’être oubliés, à l’abri de ces secousses qui ébranlaient coup sur coup les localités populeuses, pauvres mais laborieux, ils plantèrent un drapeau de. Paix sous lequel de nombreux indigènes vinrent peu à peu se réunir. Le désert se peupla insensiblement. Cette mère si puissante de l’industrie, la nécessité alliée à l’intelligence, à des travaux opiniâtres, à une pensée vigoureuse de création, fit disparaître les plus décourageants obstacles. Ce fut bientôt une grande famille, sur laquelle le ministre et les anciens exerçaient une autorité toute paternelle. Massin était le pasteur il avait remplacé le ministre stéphanois que le chagrin et le regret de son pays enlevèrent à la fleur de l’âge en décembre 1576.

Depuis le siège d’Ambert, Massin prêchait alternativement à la ville et à Pailhat, mais au premier bruit de la marche du détachement catholique il accourut se fixer dans la tranquille colonie. On ne savait pas encore que les quatre cents hommes envoyés par le duc d’Anjou avaient pour mission spéciale la destruction du temple de Pailhat. 0n croyait que c’était une garnison temporaire pour Ambert dont l’administration municipale, divisée depuis le départ du capitaine Merle, n’avait point fait une unanime soumission à Henri III. Ignorants du sort qui les menaçait, les Religionnaires continuaient à travailler sans relâche, et déjà plus de cent habitations où régnait l’aisance s’étaient construites là où le pied humain avait à peine imprimé une trace. Des usines fort humbles au commencement, importantes bientôt, procuraient une lucrative exploitation. Des tanneries surtout fournirent des produits supérieurs, recherché du fond de la France. L’or paya le labeur. Le prêche, religieusement suivi, entretint la foi des Protestants, leur procura des frères de croyance parmi les habitants des villages voisins, lia des relations d’intérêt et d’amitié, et les mit en rapport avec les autres temples de la province. Ce prêche ne tarda pas à prendre un rang distingué au sein de l’église de Calvin. Genève, dans la joie d’un succès aussi inespéré, indiqua à la vénération de ses fidèles la sainte mère église de Pailhat [4]  .

Pourquoi ce repos si péniblement acheté ne put-il être respecté ? Pourquoi l’asile modeste demandé à la nature par la loi souveraine de la conservation n’échappa-t-il point à la tourmente qui faisait bouillonner le sol de la France jusque dans ses entrailles ! C’est qu’à cette époque qui attriste nos souvenirs en caressant notre, orgueil, à cette époque prodigieuse d’un violent enfantement, les passions déchaînées heurtaient toujours avec fureur tout effort d’organisation, répondaient au cri de concorde par le cri de mort. Est-ce qu’il y avait dans la guerre partielle, comme elle se fit en 1577, le moindre sentiment du noble but auquel devait mener la question religieuse ? Est-ce que ces masses bardées de fer, qui pour la plupart ne représentaient encore que des pillards enrégimentés, songeaient à autre chose qu’à maintenir un présent destructeur pour assurer un avenir capable de satisfaire leurs appétits égoïstes et brutaux ? … Alors le grand théâtre des combats se resserrait autour de La Rochelle. Henri de Béarn avait à peine quelques centaines, de gentilshommes en Guienne, son gouvernement. Condé ne tenait pas la campagne dans le Poitou. Le maréchal duc de d’Amville se trouvait dans la plus fausse position en Languedoc, et Henri III, défiant à juste titre, s’était disposé à supplanter le roi de Navarre et le maréchaI-duc en investissant le duc de Nevers d’un commandement général. Les Huguenots semblaient n’avoir plus qu’un souffle à exhaler pour mourir comme parti politique. La Normandie, la Champagne, la Bourgogne, la Bretagne, l’Orléanais voyaient leurs chefs désunis, tandis que l’Ile de France, la Picardie, le Lyonnais , la Provence et le Dauphiné n’offraient que des ressources précaires, des hommes découragés et lassés, une désorganisation complète. Mais le roi de France ne pouvait pas frapper le dernier coup sur les Religionnaires en présence de la Ligue et des Guises ; les intérèts de la couronne étaient maintenant surtout directement menacés par les défenseurs de la foi catholique ; des négociations s’ouvrirent, et, pendant que la diplomatie préparait des propositions ambiguës et des sèductions secretes, on laissa aller la guerre.

Pailhat avait envoyé, durant le siège d’Ambert, de Jeunes volontaires qui se rendirent utiles à Chavagnac. Trois de ces Religionnaires se placèrent dans diverses maisons de la ville, aussitôt que le comte de Saint-Hérem et ses alliés se furent retirés. Esprits turbulents, entraînés par la vivacité, de leur âge et la vanité qu’ils avaient puisée dans le succès de leur service militaire, ces jeunes gens se faisaient craindre des Catholiques à cause de leur langage altier et menaçant, à cause de leurs manières arrogantes. Ils parvinrent véritablement à un despotisme moral. Prenant en pitié ceux que signalait un attachement sincère à la religion de leurs pères, ils épuisaient le sarcasme, l’injure, même les imputations calomnieuses pour flétrir une conduite qu’ils auraient dû respecter. Ils allaient chercher jusque dans les secrets de la vie privée un prétexte ou un motif à leurs déloyales attaques. Des railleries méprisables tourmentaient souvent un honnête citoyen n’ayant d’autre tort que de ne pas penser comme les étourdis qui se posaient en régulateurs suprêmes. La légèreté de leur langage sur les points les. Plus vénérés du dogme chrétien fit même naître des provocations qui alarmèrent plusieurs familles. Ils répandirent des écrits, des chansons où la licence le disputait seule à la fougueuse audace

de leur persiflage. Des paysans furent payés pour chanter en patois, à tue tète, dans les rues, des couplets dont un seul fera apprécier suffisamment l’esprit satirique, l’intention et la portée. Le voici textuellement :

Disa-mè, grand nigaud,
Chirias-tu tant foutraud
Que de vou poudi creire
Que le Meistre de toust
Chage diens un croustout ?
L’y auria bé ti per reire !
 
Dis moi grand nigaud,
serais tu tant fou
Que vous pouvez croire
Que le maître de tout
Soit dasn un crouton ?
Ferait bien rire.
 

Le détachement du duc d’Anjou trouva Ambert avec ces ferments de division. A peine le commandant eut-il fait connaître l’objet de son expédition que les Catholiques se livrèrent à des transports de joie : l’oppression allait enfin cesser, et la ville , purgée de brouillons dangereux , reprendrait sûrement sa tranquillité première. Les trois Religionnaires n’attendirent pas d’être expulsés ; il se sauvèrent à Pailhat une heure après l’arrivée des troupes, et y portèrent l’épouvante. Mais un abattement indigne ne, vInt point paralyser Cette énergie que retrouvaient constamment et partout les Huguenots lorsqu’on avait l’imprudence de les pousser à bout. On tint conseil : Il y fut décidé que le ministre Massin se rendrait auprès du capitaine catholique et lui exprimerait l’assurance d’une entière soumission au roi en échange de la liberté de conscience. Massin accepta avec résolution cette tâche qui n’était pas sans dangers. Il se présenta devant le chef du détachement et eut une longue audience. Il reconnut bientôt qu’il avait affaire à un officier loyal, mais dur, mais esclave à la lettre de ses instructions. C’était un de ces soldats d’élite qui se signalent en excellents praticiens, mais auxquels manque cette intelligence éclairée qui doit diriger I*exécution. Types d’une subordination aveugle, ils deviennent machines soumises, et font marcher avant tout l’obéissance passive aux ordres supérieurs. Il n’y a point de principes chez eux : il y a une épée et un bras ; le commandement du général une fois transmis, il est exécuté quel qu’il soit. Massin fit en vain observer que c’était contre tout droit que le duc d’Anjou avait décidé l’abolition du prêche à Pailhat ; que ce village sans importance n’aurait pas dû mériter l’atention de Monsieur ; qu’aucune garnison n’y séjournait, et qu’il ne s’y trouvait d’autres armes que celles apportées par les réformés lors de leur retraite de, Saint-Etienne. Les habitants de Pailhat vivaient paisiblement du fruit de leur travail ; qu’importait donc au frère du roi la destruction d’une église réformée dont les ramifications étaient toutes spirituelles ? Le ministre développa éloquemment de fort judicieuses représentations, mais il était impossible de détourner l’officier de, l’accomplissement du devoir qui lui était imposé. Le médiateur alla jusqu’à promettre une reconnaissance authentique et unanime de tous les droits de la couronne, une soumission aux charges publiques, telles que les supportaient les catholiques, la livraison même de la moitié des armes dont ses co-religionnaires se trouvaient détenteurs, si la liberté de conscience était garantie et protégée ; il n’obtint pas le prix auquel il mettait de semblables sacrifices. Le commandant témoigna d’honorables regrets, parla fort peu du mécontentement fondé exprimé par les catholiques Ambertois vexés et plaignants, mais montra la commission scellée dont il assumait la responsabilité. Il fallait raser le temple et renoncer à l’exercice de la religion réformée : Massin se retira pour porter à Pailhat cet irritant ultimatum. Il n’y eut qu’un cri à cette nouvelle : tous voulurent se défendre. On fit sur-le-champ sortir de Pailhat les vieillards, les femmes, les enfants, et, les objets précieux enfouis ou cachés, on cria : Aux armes ! Plusieurs anciens s’obstinèrent à ne pas se séparer de leurs amis qui allaient se dévouer au salut général. Le commandant catholique fut d’abord mal informé, sur les difficultés qu’il aurait à vaincre. On lui peignit les Huguenots comme une poignée d’hommes de tout âge, dont une compagnie aurait facilement raison. Des bourgeois, impatients de voir la ruine de leurs inquiétants voisins, promirent le succès le plus facile. L’évènement allait donner à leurs assurances un terrible démenti. Retranchés dans leurs gorges, secondés par la nature même des lieux, les Huguenots se préparèrent à une résistance désespérée. Déjà faits, pour la plupart, à ces attaques de corps pou nombreux ; remplis du souvenir de cette existence disputée à la force, qu’une montagne d’Auvergne protégeait depuis six ans, que l’économie et les veilles avaient rendue douce et presque fortunée ; frémissant à l’idée de retomber dans une sujétion avilissante ou de partir de nouveau pour chercher un lointaint asile, ils détacherent silencieusement leur ceinturon de combat et secouèrent la poussiére qui couvrait les arquebuses délaissées.

Le capitaine catholique abusé ne fit partir qu’une portion de son détachement. A l’apparition de l’ennemi, les Huguenots qui s’étaient établis au sommet de la montagne, sur la Siére des bois, aux points avancés par où il fallait déboucher, se couchèrent à plat ventre sur toutes les directions. Ils laissèrent les Catholiques se disséminer dans Ies sinuosités des sentiers étroits et rocailleux. Le centre de leur petite troupe se tenait retranché auprès du village et l’environnait d’une haie de lances et d’arquebuses. Lorsqu’ils jugent les catholiques assez engagés, à un signal convenu, tous se relèvent comme un seul homme et présentent simultanément un ennemi posté à chaque saillie de rocher, à chaque détour. Tout-à-coup ils s’élancent de vingt passages différents, et tombent sur la colonne ennemie séparée et surprise. Les catholiques furent taillés en pièces. Une fuite précipitée put seule sauver les plus agiles qui jetèrent leurs armes. Les deux tiers des Catholiques furent tués ou pris.

A l’annonce de ce revers, le commandant entra en fureur. Il fit sur-le-champ ses dispositions pour aller en personne tirer vengeance de ces terribles sauvages qui avaient donné la mort à tant de braves soldats du roi. Il se mit en route à nuit tombante, à la tête de ce qui restait du détachement. Il ordonna de ne faire aucun quartier et de brûler Pailhat. Vers neuf heures du soir, les Catholiques rencontrèrent les premières sentinelles huguenotes qu’ils parvinrent à enlever sans beaucoup de bruit, la plupart étant endormies par suite de fatigue et des copieuses libations qui avaient célèbre l’avantage remporté. Cependant l’alerte se répandit. Le commandant remarqua en avançant que des feux s’allumèrent successivement à l’entrée du village et s’éteignirent tout-à-coup aussitôt que sa troupe approcha. Il entendit aussi des cris lointains se répétant par intervalles, un bruit confus partant du centre des maisons et un coup de pistolet tiré à mi-hauteur de la forêt bordant Pailhat au versant septentrional. Ces indices irrécusables d’une défense d’autant plus à craindre qu’il était plus étranger à la situation des religionnaires qu’il allait attaquer, suspendirent forcément sa marche ; ils intimidèrent d’abord les soldats d’avant-gardes. Il est vrai que les Catholiques ne trouvaient rien de rassurant autour d’eux. Le temps était noir, le ciel chargé ; le vent agitait les arbres en sifflant et produisait un bruit lugubre qui allait s’éteindre dans les profondeurs des bois. On ne pouvait voir à deux pas ; le chemin était semé de rocs et de fondrières. Certainement si les Huguenots, accoutumés, au pays, eussent attaqué l’ennemi dans cette situation et à cette heure, ils en seraient facilement venus à bout ; une seconde défaite assurait peut-être leur sécurité. Mais des deux cotés, on se tenait sur ses gardes avec anxiété. Le silence et l’inaction des Catholiques inquiétèrent même si vivement les Reformés qu’ils rallumèrent les feux afin d’envoyer à la découverte. Cette détermination leur devint fatale ; vers cette lumière, qui sembla encadrer Pailhat, les Catholiques portèrent des regards avides, se reconnurent avec son secours, et purent se frayer un passage qui n’avait plus de dangers insurmontables. Apercevant les Huguenots venus en éclaireurs et se repliant en hâte sur le centre toujours en observation et en ligne au-devant de Pailhat, ils doublèrent le pas et s’établirent bientôt à portée du mousquet de Religionnaires La réception fut meurtrière. Les Huguenots combattirent avec l’impétuosité de gens assaillis chez eux. Encouragés par leur récent succès, ils fondirent tête baissée sur les premiers pelotons ennemis que la difficulté du terrain ne laissait pas former en bataille. Une décharge nourrie obligea le commandant à reculer et à ne garder qu’une défensive douteuse. Il vit le moment où les siens allaient se débander, effrayé par cette clarté blafarde des torches qu’agitaient les Religionnaires pour ajuster leurs arquebuses. Le coup lâché, on retombait dans l’obscurité, et on entendait aussitôt les gémissements de ceux que le plomb venait de frapper. L’agitation qui régnait à Pailhat, le tumulte, les cris faisaient d’ailleurs croire aux soldats catholiques que plusieurs compagnies le défendaient. Dans celle extrémité, le commandant eut recours à un auxiliaire irrémissible. Il enjoignit à un goujat de pénétrer à tout prix dans le village et d’ymettre le feu. Quelques instants après, des colonnes de fumée rougeâtre annoncèrent que l’incendie allait éclater. Les Catholiques mirent alors l’arquebuse sur l’épaule, la hallebarde en arrêt, et attendirent, ainsi que le feu se déclarât sur plusieurs points. Ils eurent bientôt cette cruelle satisfaction. Favorisée jar la violence du vent, la flamme courut sur les toits avec la rapidité de l’éclair. En face de Cet ennemi nouveau, les Protestants obéirent à l’instinct impérieux de la conservation individuelle. La lutte cessa avec les hommes pour s’engager avec le feu. Il était poignant de voir ces groupes de soldats, qui eussent été si utile contre le ravage de l’incendie, demeurer silencieux, immobiles à quelques centaines de pas de distance, semblables, aux reflets qui illuminaient leur armure, à ces statues de bronze dont les Romains firent précéder le temple de Mars Vengeur Ils ne se sentirent pas de pitié en regardant ces Religionnaires effarés, oubliant la mort qui les menaçait par la main ennemie, pour s’attacher au danger d’une autre nature que cette même main avait créé. Pailhat devint un vaste brasier. Exténués et désarmés, les habitants renoncèrent à l’espoir de rien sauver, et implorèrent la merci des Catholiques. Impitoyables, ceux-ci s’avancèrent dans le village qui finissait de brûler, et n’accordèrent point de quartier. Le soldat massacra tous ceux qu’il put atteindre. Au jour, la montagne offrit un affreux spectacle. Les Huguenots assez heureux pour avoir pu s’échapper, fuyaient vers les campagnes voisines, cherchaient un refuge dans les cavernes, dans des antres inaccessibles qui n’avaient jamais vu un être humain. D’autres, en petit nombre, demandèrent un asile dangereux à leurs amis plus éloignés, car la délation fit punir sans différence et l’obligé et le bienfaiteur. Cependant quelques-uns se cachèrent à Chanteloze, à Valcivières, au Fossat, et n’y furent point poursuivis. Comme trophée de leur victoire et de leur clémence, les Catholiques avaient emmené à Ambert des prisonniers qui durent abjurer immédiatement pour se soustraire au supplice. On cite un religionnaire du nom de Pirel, qui fut baptisé à 83 ans. Le corps du ministre Massin, trouvé égorgé dans le village, servit de pâture aux oiseaux de proie. Après un court séjour à Ambert, le détachement décimé rejoignit l’armée royale à Brioude. Le, chef apprit à Monsieur que Pailhat n’existait plus, et que l’étendard catholique, flottant sur ses ruines, avait dignement vengé l’échec antérieur du gouverneur de la province. Il ne reste aujourd’hui de Pailhat qu’une trentaine de cabanes qui ne méritent pas le nom de Chaumières.


  1. Burel, Manusscrit. original. []
  2. Saint‑Etienne []
  3. Chronique de St-Etienne. – Bern., Histoire du Forez []
  4. Catalogue de Genève. []