Origines vaudoises ? (1170 – 1530)

Sur les Vaudois, voir : etudesvaudoises
Plus particulier ment : D’où viennent et qui sont les Vaudois

Au début des années 1170, un riche marchand lyonnais, Pierre Valdès ou Vaudès [1] , se défait de ses biens, fait traduire la bible en langue vulgaire et se consacre avec quelques compagnons à la prédication évangélique. Les pauvres de Lyon parcourent villes et campagnes et connaissent un beau succès, qui porte ombrage aux églises diocésaines, sans empêcher l’utilisation par Rome de ce mouvement, contre l’hérésie cathare du midi de la France. Mais le choix de la pauvreté et de l’évangile entraîne très vite les Vaudois dans la critique de l’infidélité et de l’indignité du clergé établi. Ils seront excommuniés en 1184 puis poursuivis et persécutés [2] .

Vers 1240 – 1250 deux Vaudois seront pris et brûlés à Montbrison [3] . Le mouvement survivra dans les campagnes plus particulièrement montagneuses et isolées. Apparemment bons catholiques, ils contestent la validité des sacrements conférés par des prêtres jugés indignes et leurs prédicateurs itinérants, les barbes leur procurent une sainte confession et une bonne eucharistie. Ils ouvrent le sacerdoce aux femmes, certaines auraient même prêché dans le diocèse de Clermont [4] .

La présence de ces Vaudois, connue grâce aux écrits et procès-verbaux des inquisiteurs, dans le Massif Central et en Auvergne [5]  semble très probable.

Le procès-verbal en latin de l’interrogatoire, en Dauphiné en 1492, de deux barbes, prédicateurs vaudois itinérants d’origine italienne, François de Girundino et Pierre de Jacobo à fait l’objet d’une étude en 1942 par P.-F. Fournier [6] . Ci après, quelques extraits traduits, concernant l’Auvergne et ses bordures.

1 – L’année écoulée deux barbes vinrent, par le Mont Cenis, au Royaume de France et visitèrent les provinces du Bourbonnais et du Rouergues, du Forez de l’Auvergne, de la Marche, et jusqu’à Bordeaux.

2 – Ils vinrent par Gènes et Nice jusqu’à Aix, ensuite en Vivarais où ils retrouvèrent d’autres membres de la secte dans les montagnes d’Aubenas et de Privas. De là, ils gagnèrent l’Auvergne, Clermont, les Monts Dores où se trouvent plusieurs membres de la secte et en grand nombre qui s’accroît à cause de la mauvaise vie des ecclésiastiques … L’un des barbes dit que cette secte s’accroît et pullule dans les lieux de Noirétable, Craponne et Cervières, dans le pays d’Auvergne et en Forez dans les montagnes de Fourneaux et de St-Symphorien. Ensuite ils vinrent à Beaujeu ou la secte est vigoureuse dans les montagnes autour de Beaujeu et de Villefranche. Et de là, ils vinrent à Lyon.

3 – Pierre de Jacobo vint seul en suivant la riviera de Gènes, par Nice et la Provence. Il visita le Vivarais, gagna l’Auvergne, Clermont, Issoire, Billom et Brioude, et de là le Puy. Puis il vint à Beaujeu où il prêcha et où eut lieu un consistoire.

 Il est relativement aisé de dresser une carte des implantations vaudoises de l’est du Massif Central et notamment de l’Auvergne. On y voit des communautés pour partie urbaines dans les villes de la plaine d*Allier, mais aussi dispersées dans les zones montagneuses du Forez et des Monts-Dore, comme ailleurs du Roannais, du Beaujolais ou du Vivarais … Certes, entre Noirétable et Craponne, les pentes livradoises des Monts du Forez ne sont pas citées mais on peut penser que dans le pullulement évoqué par le texte, c’est l’ensemble de ces hauteurs montagneuses entre Auvergne et Forez qui était touché par l’hérésie vaudoise.

Au quotidien ces hérétiques vaudois se distinguaient assez peu de la masse des bons catholiques. S’ils refusaient en principe de tuer, de prêter serment d’observer le maigre des jours de jeune et du vendredi, s’ils refusaient le culte des saints et de la Vierge comme l’existence du Purgatoire, ils admettaient toujours les sacrements traditionnels et sacrifiaient extérieurement à la pratique commune. Aussi n’étaient-ils guère repérables sauf par le passage de leurs barbes, ces prédicateurs itinérants. Les choses ne devaient changer qu’avec le ralliement à la Réforme calvinienne de ce que ce mouvement protestataire comptait de structure hiérarchique, après le synode de Chamforan en Val de Luserne en 1532. Ce ralliement-reniement allait mettre plusieurs années, voire plusieurs décennies, à prendre racine dans la masse des fidèles qui se dresseront en églises officielles et visibles à compter des années 1540-1550.

 A noter que sévirent gravement à Job, dans les années 1490-1520, deux prieurs indignes Etienne et Antoine Michel coupables de multiples exactions, de violences, de blasphème et même d’homicide [7] .

Cette présence vaudoise à Job pourrait avoir favorisé l’implantation de la réforme genevoise après 1532 en particulier dans le Livradois et ainsi expliquer :

– L’existence de la communauté protestante rurale plus tard dans ces mêmes lieux.

– La migration des papetiers protestants du Livradois dans le Roannais, le Beaujolais ou encore entre le Velay et le Vivarais (à Tence, St Didier ou Annonay) où ils pouvaient compter sur de vieilles solidarités vaudoises.

– La curieuse supplique des pauvres frères, des églises du Livradois adressée aux Messieurs de Genève pour demander un pasteur, car les pauvres frères c’est aussi le nom que se donnaient entre eux les rescapés du Valdéisme.

Il ne s’agit bien sur que d’une hypothèse. Certains des patronymes des réformés étaient-ils déjà implantés sur Job ou vinrent-ils avec ces Vaudois ? Rien ne permet de faire un tri précis pour l’instant, le dépouillement attentif des minutes notariales, antérieures à 1500 – 1550, si elles peuvent être étudiées, pourrait peut être apporter un début de solution.

Vaudois et protestants au XVI ° siècle en Auvergne, Velay et Forez

Vaudois et protestants au XVI ° siècle en Auvergne, Velay et Forez

1 – les villes et zones (4) explicitement désignées comme abritant des communautés vaudoises en 1492.

2 – les villes ou bourgs abritant des communautés reformées au XVI ° siècle.

3 – principaux sites d’immigration de papetiers protestants du Livradois aux XVI ° – XVII ° siècles.


  1. Boy Michel : Sur la possible origine vaudoise des protestants livradois, GRAHLF – Chroniques n° 22 – 2000 – p 123 à 125 et L’Histoire religieuse de l’arrondissement d’Ambert et de ses abords. GRAHLF – HS 35 – 2000 – p 107 – 108. []
  2. Audisio Gabriel : Les Vaudois. Histoire d’une dissidence – XII ° – XVI ° siècles, Paris 1998 []
  3. Dufour J. : Deux anecdotes d’Etienne de Bourbon ( 1190 – 1261 ) concernant le Forez, Bulletin de La Diana, 1937, p 206 []
  4. Selge V. : Cahiers de Fangeaux n° 2, 1967, p. 110 – 142 []
  5. Fournier P.-F. : Les Vaudois en Auvergne et dans les contrées voisines vers la fin du XV ° siècle d’après l’interrogatoire de deux barbes, in Bulletin historique et scientifique de l’Auvergne, 1942, p 49 – 93 []
  6. Fournier P.-F. : Les Vaudois en Auvergne et dans les contrées voisines vers la fin du XV ° siècle d’après l’interrogatoire de deux barbes, in Bulletin historique et scientifique de l’Auvergne, 1942, p 49 – 93 []
  7. Bigay A. : L’Abbaye du Moutier. Clermont. 1934. p 176 – 181 []